Evernight – Ep. 03

Evernight – Ep. 03

Présents : Catulla (X.O.), Hamilton Mc Cormak (Arnok), Odel Razakar (Casa), Aelyn Sombre-Feuille (Chris)

Personnages impliqués : Trabian Galstaf, une prêtresse de Solace, un orc, un Cavaliers Écarlates collé au plafond.

Le silence des cavernes était dérangeant, presque étouffant. Ne pouvant avancer plus, nous fîmes demi-tour. Suivant les conseils d’Hamilton, nous partîmes dans la galerie en face de la fosse dans laquelle j’étais tombée. À peine dépassé l’embranchement, Catulla se retourna brutalement. Tous un peu surpris, nous stoppâmes notre marche.

— Quoi encore ? demanda Odel un peu agacé.

— Des cris. J’ai entendu des cris.

— Rien entendu moi. dis-je en murmurant. T’es sûre de toi ?

— Oui, derrière nous. Ça doit être dans une autre caverne.

— Ah ?

— Oui. J’ai l’impression que ça venait de par là. dit-elle, bouclier en avant, en montrant l’entrée.

— Restez sur vos gardes jeune demoiselle, nous ne savons pas ce qui pourrait arriver.

À moitié accroupis, les sens en exergue, Catulla marchant à reculons pour éviter toutes attaques-surprises, nous avançâmes dans la galerie. Juste après un coude, le sol changeai brutalement d’aspect. La roche poussiéreuse laissait sa place à une surface bien lisse, incrustée de cristaux de verre. J’arrêtai tout le monde, je m’apprêtai à leur demander d’aller s’assurer qu’il n’y avait aucun danger puis je me repris, j’étais la plus à même de vérifier si continuer était bien sans risques. Je m’allongeai, observai le sol. Il était décidément très étrange. Je lançai une flèche… rien. Je m’approchai, posai prudemment la pointe du pied sur la surface… 

Son suraigu dans mon crâne… douleur… je tombai au sol. Insupportable… je criai… flous… mes camarades approchèrent… panique… je ne comprenais rien de ce qu’ils me disaient… douleur toujours intense… Hamilton s’approcha de moi, me dit quelque chose. Je vis ses lèvres bouger, mais je n’entendais que ce sifflement qui me vrillait le crâne. Il posa ses mains sur mes tempes, une lumière intense en surgit. Avec un immense soulagement, il me libéra l’esprit de cette gangue. La douleur s’estompa lentement, en battant le rythme de mon pouls.

— Aelyn, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ça va ? demanda Catulla un peu paniquée.

— Je sais pas… J’ai eu l’impression qu’on me serrait la tête de l’intérieur. Je voyais plus rien, j’entendais plus rien.

— Cela va mieux, mademoiselle ? Mmh, oui, forcément. Solace ne peut qu’agir comme il le faut.

— Oui merci. J’ai encore des douleurs dans le crâne, mais ça va mieux.

— On continue ?

Odel semblait ne pas trop avoir conscience du danger.

— Il faut pas passer par là. C’est beaucoup trop dangereux. Vous avez vu ce que ça m’a fait ?

— Vous avez sûrement raison, jeune elfe. Repassons au dessus de la fosse. Nous allons tenter d’explorer l’autre galerie à l’entrée. Nous resterons bien à droite cette fois.

— Faisons quand même attention, c’est de là-bas que venaient les cris que j’ai entendus tout à l’heure.

— Oui, allons là-bas. dit Odel sans même écouter Catulla.

Repasser au-dessus de la fosse fut cette fois plus facile. Catulla manqua d’y tomber, mais contrairement à moi, elle n’eut pas à gérer un manche de lance dans l’œil et put se rattraper.

Presque revenus au seuil des ruines, nous bifurquâmes pour tenter de contourner la pièce dont le sol m’avait attaqué l’esprit quelques minutes plus tôt. La galerie menait à une immense caverne. Le plafond, culminant à plus d’une dizaine de mètres au-dessus de nos têtes, faisait comme une caisse de résonance, renvoyant même nos murmures. Difficile d’être discret dans ces conditions. Nous progressions lentement, pas à pas, sûrs de tomber sur les bêtes féroces que Catulla avait entendues depuis l’autre côté. Ces craintes furent rapidement confirmées. Trois humanoïdes au corps blanchi et à la tête boursoufflée d’amphibien gisaient dans une mare de liquide verdâtre. Ils étaient sûrement sortis de la rivière souterraine qui coulait au fond de la grotte.

— Ce sont des grinceurs. nous apprit Odel.

— Les Cavaliers Écarlates sont passés par là. On est sur la bonne voie. Il y en a probablement d’autres. On reste sur nos gardes.

— Il y’en a — forcément — d’autres. Je vous dis que je les ai entendus.

— Solace n’en fera qu’une bouchée, ne vous inquiétez donc pas, gentes demoiselles.

— Tu voudrais pas nous tutoyer Hamilton ? dis-je, quelque peu agacée par le formalisme du soldat de Solace.

— Je ne vous connais pas encore assez mademoiselle. Et si vous pouviez également avoir l’obligeance d’être un tant soit peu polie en me vous-voyant vous-même, ça me siérait.

— OK. On verra. répondis-je en levant un sourcil.

Alors que nous étions sur le point de perdre notre concentration inutilement dans cette conversation sans intérêt, Odel cria.

— Des grinceurs ! Là ! Attention !

Nous n’eûmes pas l’occasion de nous préparer. Les monstres avaient déjà bondi sur le mage. À la va-vite, sûrement un peu trop, Odel tenta de lancer un sort. Mais, sous la violence de l’attaque, son geste manqua de précision. Dès les premières secondes, les créatures nous priment d’assaut. Profitant d’être à l’écart, j’arrivai à décocher une flèche dans le cou de l’une d’elles. Pendant ce temps, Hamilton mettait, lui aussi, son vis-à-vis hors d’état de nuire. Rapidement, nous fûmes tous pris à partie. Concentrée sur le tir suivant, je ne vis pas qu’un des grinceurs était déjà à mon contact. Il me transperça l’épaule de son pieu, laissant la pointe de bois plantée dans ma chair. La douleur fut vive, intense. Avec une roulade, je parvins malgré tout, à m’extraire de son emprise pour aller me réfugier derrière mes camarades. Ils s’étaient intelligemment regroupés pour se protéger mutuellement. Les monstres étaient furieux. Odel sortit à nouveau son pion pour faire venir à lui, un serviteur de pierre. Hamilton fit ce qu’il put pour tailler nos assaillants dans le vif. Catulla fit des merveilles avec sa lance. Je tentai, malgré mon épaule, de décocher quelques flèches supplémentaires sans succès. Enfin, Odel se concentra. Deux bêtes se retrouvèrent clouées au sol, incapables du moindre mouvement. Vraiment gênée par la douleur, je n’arrivai à rien. Finalement, nous parvînmes à nous débarrasser de ces horribles créatures.

Exténuée, affaiblie par ma blessure, je m’assis sur le sol, le dos contre la roche. Je pris dans ma main droite le pieu planté dans mon épaule gauche, celle qui tenait l’arc. Je serrai les dents et d’un coup sec, je retirai le morceau de bois. Je tentai de retenir les larmes, mais la douleur était trop forte. Je ne pus m’empêcher de gémir.

— Aaah Solace a produit son œuvre à travers nous, mes amis ! Qui a besoin de son soulagement ? Odel, je ne peux soigner que deux d’entre nous. Deux dames sont dans la détresse, je m’occuperais d’elles en priorité. J’espère que vous ne m’en voudrez pas mais c’est là, la volonté de Solace.

— C’est quoi ce sexisme ?! Catulla et moi-même nous offusquâmes en cœur. 

Sans plus de protestation, j’acceptai qu’Hamilton nous fasse passer avant Odel. La douleur était vive et handicapante. J’avais vraiment besoin qu’il fasse appel à son dieu pour au moins refermer ma plaie béante. Diminuée, je n’aurais pas été utile. Il fallait que je puisse à nouveau me servir de mes armes.

En me relevant, je remarquai quelques gravures dans la roche. Elles étaient très anciennes, leurs bords adoucis par le temps. Quelqu’un avait fait des encoches ici, pour compter les jours. Il y en avait beaucoup, la détention avait dû être longue. Il y a fort longtemps, l’endroit avait dû servir de prison. Cela expliquait la présence des herses. Dans un coin, nous découvrîmes également des ossements plus ou moins vieux. Nous n’étions pas les premiers aventuriers à nous risquer dans ces lieux. Heureusement, il n’y avait rien d’assez récent pour nous laisser penser qu’il s’agissait des restes des Cavaliers Écarlates que nous recherchions.

Toujours est-il que nous étions de nouveau dans un cul-de-sac. Cet endroit ne menait nulle part. Je jetais un des corps dans la rivière pour vérifier si nous avions la possibilité de passer par là, mais rien ne nous indiqua que nous avions là un chemin alternatif. Il allait nous falloir traverser la pièce où nos esprits risquaient d’être soumis à rude épreuve.

Afin de sécuriser le trajet, nous prîmes les corps des créatures dont nous venions de nous débarrasser. Nous en jetâmes quelques-unes dans la fosse. À l’aide de leurs pieux, je construis un petit pont qui, certes, n’était pas suffisant pour supporter notre poids, mais nous évitait de prendre le risque de chuter à nouveau. Et nous arrivâmes devant le sol lisse et perlé de cristaux de verre qui nous avait fait faire demi-tour la première fois.

Catulla s’avança prudemment vers la limite du revêtement. Elle leva la lampe et grâce aux longues ombres qu’elle projetait, elle remarqua que la roche avait été récemment taillée. Les Cavaliers Écarlates avaient usé de la même technique que celle utilisée pour passer au-dessus de la fosse. Nous allions suivre leur exemple et escalader la paroi. Mais parce que nous n’étions pas suicidaires et surtout parce que je n’avais pas envie de revivre la même torture que la fois précédente, nous tapissâmes le sol des corps inertes des grinceurs. Avec un peu de chance, si nous étions suffisamment maladroits pour tomber, nous ne serions pas directement en contact avec le revêtement incrusté de cristaux.

Catulla fut la première à tenter la traversée. Elle y parvint sans trop de difficulté. Après une dizaine de minutes d’effort, de l’autre côté, nous l’entendîmes sauter à terre. Elle ne cria pas, c’était bon signe.

— Eh ! C’est bon, je suis arrivé dans une petite galerie sans le sol bizarre. Je pense que j’ai compris comment venir. Je vais vous indiquer où sont les prises.

— OK, je suis la seule à bien y voir ici. Je mets la lanterne dans mon dos et l’ombre ne devrait pas me gêner.

— Aelyn, la première prise est au dessus de toi. Tends le bras en biais, un peu vers la droite, et tu l’atteindras.

Je suivais les instructions de Catulla, mais ce ne fut pas suffisant. Je ne comprenais pas toujours bien ses indications. La peur de tomber et d’éprouver une fois de plus, cette intense douleur me fit perdre mes moyens. À nouveau, je chutais. Mon cœur s’arrêta de battre tant l’angoisse fût forte. Heureusement, les corps que nous avions placés là furent mon salut. Mon esprit fut encore pris dans un étau insupportable. Mais cette fois, j’étais préparée. Tout en sautillant sur les restes des grinceurs, je secouais violemment la tête espérant faire fuir ce qui m’enserrait le crâne. Et aussi surprise que Catulla, je parvins à ses côtés. Bien éclairés par la lanterne, les deux autres nous rejoignirent bientôt.

La galerie menait de nouveau à une immense caverne. Le plafond était si haut que la lanterne ne suffisait pas à l’éclairer. Au fond, une étrange pierre luisait d’un éclat rougeoyant. Nous avançâmes prudemment pour tomber sur cinq corps. Deux d’entre eux étaient monstrueux, des restes de créature à trois pattes reliées par un crâne sphérique percé d’une énorme bouche constellée de dents aussi acérées les unes que les autres. Les trois suivants, nous en fîmes amèrement la constatation, étaient ceux de Cavaliers Écarlates. Nous avions retrouvé Trabian, malheureusement pour lui, il n’était plus en état de lire la missive que son père lui avait adressée. Notre première était donc un échec. Il n’était pas mort seul, c’était une consolation. Une prêtresse de Solace et un orquin gisaient à ses côtés.

Nous n’eûmes pas le temps de nous demander où était le quatrième. Odel cria. Une créature, identique à celle que les Cavaliers avaient occise, nous tomba dessus, faisant tournoyer ses horribles pattes. J’en pris une de plein fouet. Et ce fut le noir.

Quand je revins à moi, Odel était penché au-dessus de mon visage et me faisait boire un breuvage bleuté. Une potion de soin me dit-il. Juste à côté, Hamilton et Catulla étaient toujours aux prises avec la créature qui avait tué trois héros confirmés. Je commençais à douter de notre capacité à nous en sortir. Je tentais de me relever, mais je fus prise de vertiges. Je ne pus que retomber au sol. Et cela me sauva probablement, une des pattes de la bête me passa quelques millimètres au-dessus de la tête, les autres entaillant durement Hamilton. Puis, presque effrayée par son propre geste, Catulla enfonça sa lance dans la gueule du monstre. Et ce fut le silence, à nouveau.

Nous prîmes le temps de nous soigner. Je profitais de l’occasion pour observer les gestes de la jeune fille. Hamilton fit de nouveau appel à Solace pour nous soulager. Une fois sa tâche terminée, Catulla alla chercher la pierre brillante. Au plafond, nous découvrîmes qu’un des combattants avait été transporté pour être enchâssé dans une espèce de cocon de matière gluante. Nous essayâmes de le dégager, en vain. Je pris la chevalière de Trabian. Si nous n’arrivions pas à ramener les corps, il nous fallait pouvoir prouver que nous les avions trouvés.

Alors que nous pensions en avoir terminé de nos épreuves, la terre se mit violemment à trembler. Des pierres commencèrent à tomber. D’abord, de petits gravillons puis de plus gros blocs menacèrent de nous fracasser le crâne. Tout s’effondrait autour de nous. La grande salle fut traversée. Nous courûmes à en perdre haleine. D’énormes roches nous barraient la route, empêchant toute fuite. Nous les évitâmes de justesse. Guidés par l’instinct, nous nous réfugiâmes dans la caverne aux nids d’Arachnéens. Cela nous sauva la vie. Alors que, tout autour, tout n’était que gravats, les structures ancestrales ne bougèrent pas d’un millimètre. Au bout de quelques interminables minutes, les grondements cessèrent et tout redevint calme.

— Rentrons maintenant. Dis Odel, prompt à revenir à Port-Royal.

— Attendons tout de même un peu. Il y a souvent des répliques après un tremblement de terre.

— Oui, Aelyn a complètement raison. Il serait plus prudent de rester là encore quelques instants. On ne sait jamais.

> Épisode 4

Dramatis Personae

Bareena est une aventurière dératisatrice. Les héros l’ont rencontrée dans les égouts de Port-Royal alors qu’elle était entrain de se débarrasser de nuées de rats. Ils l’ont aidée dans sa tâche. Elle connait Albian Galstaf et leur a indiqué où il était parti.

Les héros ont rencontré Saler Falon alors qu’il gardait la palissade à Aragron. C’est un ancien chevalier rouge. Il a perdu son bras au court d’une aventure et a été soigné dans le village où il habite aujourd’hui.

Jacob Galstaf est le premier commanditaire des héros. C’est un riche marchand d’épices, très proche de la noblesse de Port-Royal. Il a fait passer une annonce discrète à laquelle ils ont répondu.

☠️ TrabTrabian Galstaf est le fils de Jacob Galstaf. Il était membre des Cavaliers Écarlates. Les héros l’ont retrouvé mort dans d’anciennes ruines Sa-Karan. Il a vraisemblablement perdu la vie en combattant des espèces de tripodes arachnéens. Aelyn a récupéré sa chevalière portant les emblèmes de sa famille.

Émile Keswraith est un prospecteur nain. Il a indiqué aux héros où se trouvait les ruines Sa-Karan qu’Albian Galstaf cherchait à explorer.

Simon Rothleg est le secrétaire particulier des Galstaf. C’est lui qui a expliqué au héros en quoi consistait leur première mission. Il semble désinvolte, souriant et avenant.

Jonasz Skulf tient le bar de la célèbre taverne de Port Royal l’Ombre du Roi.

Ralugon est un nain à la réputation jovial. Il est le chef des Briseurs de Golem. Les héros l’ont croisé au début de leurs aventures alors qu’ils se rendaient à Aragron.

Coeur Vaillant est un célèbre troubadour. Les héros l’ont rencontré , sans lui parler, dans une auberge à Aragron où il a raconté l’histoire des Septs et du roi troll.

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