Evernight – Ep. 06

Evernight – Ep. 06

Présents : Catulla (X.O.), Hamilton Mc Cormak (Arnok), Locke (Bankace), Odel Razakar (Casa), Aelyn Sombre-Feuille (Chris)

Personnages impliqués : Tam, Émile Keswraith, Saler Falon, six brigands pas très résistants.

La nuit était tombée sur Aragron, il nous était de plus en plus difficile d’y voir quoi que ce soit. Les faibles lueurs des quelques maisons finissant de s’éteindre ne suffisaient pas. L’exploration du village de bucheron ne nous rassura pas. Nulle part, il ne restait la moindre trace de nourriture. Même dans l’auberge, pourtant si bien fournie lorsque nous y étions passés la dernière fois, nous n’avions rien trouvé. Les réserves avaient été consciencieusement vidées. Nous n’avions plus rien à nous mettre sous la dent.

L’absence de victuailles n’était pas la seule raison de nous inquiéter. Le plancher de l’étage était percé d’un immense trou et le toit de l’établissement avait été littéralement soufflé. Odel monta au niveau supérieur. Il y dénicha une lanterne et quelques fioles d’huile pour la faire fonctionner. Alertée par des bruits de chute, je le rejoignis et trouvais quelques couvertures ainsi que le bâton du mage sur le palier de l’escalier que je descendis dans la grande salle pour les partager avec tout le monde. Locke remonta de la cave avec quelques tonnelets de bière et autres bouteilles de vin. Tout cela était bon pour le moral, mais n’allait pas résoudre notre problème de nourriture pour les jours à venir. Dans la grande salle, nous découvrîmes les corps d’Émile Keswraith et de Saler Falon mais aucunes traces de l’aubergiste ou de Coeur Vaillant.

Heureusement, Catulla eut la présence d’esprit, en bonne campagnarde qu’elle était, de faire le tour des potagers. Pendant que les garçons faisaient le tour du village, elle et moi pûmes y récolter suffisamment de légumes et de racines pour agrémenter le gibier attrapé la veille que nous cuisinâmes avec la bière trouvée à l’auberge. Ce repas et le feu dans la cheminée nous réchauffèrent et nous firent oublier, pour une nuit, la catastrophe ayant frappé le royaume. Pour la première fois depuis quelques jours, nous passâmes une nuit paisible.

Au petit matin, nous décidâmes de rester pour la journée et de ne repartir que le lendemain. Les tonneaux que j’avais déposés la veille pour recueillir l’eau de pluie avaient fait leur office, mais malheureusement, une fine pellicule visqueuse et noirâtre. Je m’interdis de récupérer le précieux liquide. Il faudra se contenter de la bière et du jus des légumes. Nous allions pouvoir boire dans les torrents et y remplir les outres que nous avions dénichées. Cela ne serait probablement pas un souci.

Je décidais de nous confectionner un chariot avec quelques morceaux de bois et quelques tissus trouvés dans le village. Locke m’assista et son expérience paya et ses talents de bricolage, il ajouta à mon ouvrage, des roues qui nous permettrait de transporter, sans trop d’effort, les tonnelets et le matériel qui sinon nous aurait fortement encombrés.

Pendant que nous étions à notre construction, accompagnée par Tam, Catulla finit de vider les potagers de leurs récoltes et les cuisina pour que rien ne se gâte. Cela nous permettrait de manger pendant plusieurs jours. Encore un souci de moins. Il nous faudrait surement deux ou trois jours pour rejoindre la capitale. Si nous pouvions avoir le double de nourriture que ce dont nous avions besoin, cela nous permettrait de pouvoir tenir en cas d’imprévus.

Odel et Hamilton, de leur côté, sillonnèrent le village pour y trouver divers ustensiles, des lanternes supplémentaires, de l’huile pour les alimenter. Ils rassemblèrent également les corps dans une maison à l’écart des autres habitations pour y improviser un grand bucher. Ils estimèrent à une centaine le nombre de personnes décédées ce qui devait correspondre à la moitié de la population de la bourgade. Où avaient bien pu passer le reste des habitants ? En fin d’après-midi, nous nous retrouvâmes autour de la maison. Hamilton y mit le feu et après avoir écouté son oraison funèbre, en silence, nous regardâmes les flammes monter vers le ciel noir et la fumée se mêler aux nuages.

Au petit jour, nous partîmes sur la route dans la direction de King’s Port, bien décidé à percer le mystère de cette lance de pierre et de l’obscurité permanente qui sapait notre bonne humeur générale. Nous ne parlâmes pas le matin, fîmes une pause rapide pour manger puis nous repartîmes sans faire plus la conversation. Nous étions tous un peu sous le coup de la déception. Mais une heure de marche et un chariot couché au milieu de la chaussée, nous fîmes oublier nos déconvenues passées.

J’arrêtais notre convoi pour aller observer de plus près la situation. Je me plaquais le long de la paroi, arc en main, une flèche encochée et je m’approchais de la carriole accidentée. Mais ce fût sans compter le manque de jugeote d’Hamilton qui partit devant sans prendre aucune précaution. Par réflexe, je ne pus m’empêcher de m’avancer sur le chemin pour tenter de l’arrêter. À peine sorti de l’ombre, un homme, le visage couvert d’un foulard en guise de masque sortit de la cachette que le chariot lui offrait et me visa avec ses deux armes à feu. Tout autour de nous, ses compagnons se montrèrent pour nous confirmer que nous étions bien victimes d’une embuscade.

— Et bien, voilà. Je crois que ces voyageurs imprudents vont nous offrir leurs paquetages. Allez hop, on se débarrasse de tout ça.

— Tiens mon sac. Répondis-je en me délestant du poids de mon équipement de voyage.

— Et ton arc aussi !

— Vous ne devriez pas vous attaquer à nous, messieurs. Nous sommes des héros de Solace, vous n’avez aucune chance.

— Je serais vous, je laisserais tomber. À moins que vous ne vouliez mourir aujourd’hui. Renchéris Odel.

Surement un peu surpris par notre répartie, alors que nous pensions avoir un moment pour analyser la situation, celui qui semblait diriger les débats fit feu. Au premier clic de gâchette, je fis un mouvement de côté. Une balle vint tout de même se loger dans mon plastron. J’en eus le souffle coupé. Les arbalétriers firent également jouer leurs instruments, mais à part Hamilton, personne ne fut touché.

Par réflexe, je lâchais la corde de mon arc. La flèche se planta dans le cuir de l’armure de celui qui avait osé me tirer dessus. Le coup était trop léger pour qu’il soit affaibli, mais suffisant pour détourner quelques secondes son attention. Catulla se mit à courir vers lui. Elle se plaça entre deux malfrats. Sa lance tournoyant autour d’elle frappa de plein fouet le chef qui ne regardait que moi. La pointe de l’arme continua sa course jusqu’à la poitrine du second et lui entailla le plastron. Odel prononça quelques mots. Une tempête de givre congela celui qui se cachait sur la pente de la colline.

— Tam, pars te cacher dans les buissons. Cria Catulla après avoir occis le premier brigand.

— Je pense que vous auriez dû nous écouter. Une chevalière de Solace ne ment jamais.

— Vous n’avez pas honte de vous en prendre à un vieil homme sans défense. Se plaignit Locke qui, ne désirant pas confirmer ses dires, sauta en se retournant pour asséner à l’homme le plus proche de lui, un énorme coup de pied.

Hamilton continua d’avancer. D’un puissant coup de sa lame, il finit le travail de Catulla. Pour ma part, je me reculais de quelques mètres. Je pris le temps de viser. Ma flèche partit en sifflant vers la gorge d’un quatrième homme, la traversa pour aller se planter dans l’arbre derrière lui. Le brigand resta debout, mais assurément, il ne respirait plus. Déjà, quatre étaient hors de combat. Hamilton prit le temps de venir soigner Locke qui avait pris un sale coup.

Les deux restant encore debout se regardèrent et prirent leurs jambes à leur cou. Hamilton prit le temps de venir soigner Locke dont le bras gauche avait été légèrement entaillé. À peine sa blessure refermée, l’ancien parti à la poursuite des fuyards. Un peu surpris, nous nous mîmes nous aussi à courir. Hamilton accéléra, laissa Locke sur place pour rejoindre les brigands. D’un grand coup d’épée, il en coupa un en deux. Locke tourna la tête pour voir une de mes flèches lui passer juste à côté pour se loger à la base du coup du second. Les bandits n’eurent pas l’occasion de riposter et nous pûmes rapidement revenir auprès d’Odel.

Le mage donnait des claques au chef qu’il avait eu le temps de ligoter, les mains attachées dans le dos. Ce dernier n’était pas au mieux de sa forme, mais semblait, à ma grande surprise, encore vivant.

— Vous étiez combien ? demanda Odel en lui assenant une bonne gifle.

– On est six. On est six. Aaah, j’ai mal.

— Et bien maintenant, vous n’êtes plus que un. Précisa Hamilton en sortant des buissons.

— Oh non ! Aaah, j’ai mal.

— Où est votre repère ? Combien vous étiez dans votre organisation ? 

— Mmmh… répondit le brigand en serrant les lèvres.

— Parle ou je te récure l’intérieur des orteils avec la pointe de ma dague. Menaça Odel en jouant avec sa lame.

— Euh… d’accord, d’accord. Je vais vous dire tout. On a un camp pas loin d’ici. Et on… euh… j’avais pas d’autres gars avec moi. On était que six. Merde… Ils sont tous morts ?

— Ouaip, pas un de vivant. Répondis-je en lui récupérant la flèche plantée dans son armure. Qu’est-ce qu’il s’est passé pour ça soit le bordel comme ça ? C’est quoi tout ça ? demandais-je en pointant le ciel du doigt.

— Bah… vous étiez où ? 

— C’est nous qui posons les questions ici. Tu sais, orteils, dague, tout ça. Réponds.

— D’accord, d’accord, vous énervez pas. J’vais vous raconter. Euh… Alors, bah on était tranquille à Gromshold quand le pic, là-bas, s’est planté dans la plaine. Il y a plein de fumée qu’en est sortie, et ça a fait les nuages. Après, dans la nuit, Gromshold s’est fait attaquer. Heureusement, mes gars et moi, on a réussi à prendre quelques trucs à bèqueter et on s’est barré vers le nord.

— Vous avez fui un combat ? s’offusqua Hamilton.

— Bah oui ! vous voulez qu’on fasse quoi ? On allait pas rester là à se faire massacrer.

— Vous avez fui un combat ?

Je posais ma main sur l’épaule d’Hamilton. Je m’accroupis derrière le bandit, attachai une corde à ses liens et le poussait pour qu’il se mette debout.

— Montre nous où est votre camps.

À quelques centaines de mètres au-delà du chemin, les brigands avaient monté quelques tentes. Après avoir attaché notre prisonnier à un arbre, nous fouillâmes patiemment l’endroit. Nous échangeâmes notre matériel de bivouac contre celui, de meilleure qualité, qui était maintenant disponible. Nous récupérâmes également de quoi manger pendant cinq jours, ainsi que deux bourses contenant chacune d’elle un peu plus d’une centaine de sols.

— Tu vas nous servir de guide maintenant. ordonna Odel.

— Euh. Ok. Vous voulez aller où ?

— Nous nous rendons à King’s Port. Répondit Hamilton.

— Mais vous êtes fous ! C’est là que la lance est tombée ! Vous voulez mourir ou quoi ?

— Je crois pas avoir entendu quelqu’un te demander ton avis. Dis-je en ne prenant même pas la peine de le regarder.

Le brigand ouvrant la marche, tenu en laisse tel un chien renifleur, nous reprîmes notre périple vers la capitale. Quand nous atteignîmes la route traversant le royaume, la nuit tombait. Je regardais une dernière fois les traces de chariots au sol. Elles confirmaient ce que nous imaginions déjà. Les derniers voyageurs s’étaient bien dirigés vers King’s Port. C’est là où nous allions nous rendre. Mais, pour le moment, il était temps de monter le camp. Les efforts consentis pour nous défaire des malfrats ne facilitèrent la recherche d’un lieu propice difficile, mais je finis par trouver un coin où nous plantâmes les piquets de nos tentes. Comme les autres soirs et bien que nous ayons suffisamment de nourriture pour notre voyage, je posais quelques collets. Catulla partit en chasse et revint avec un marcassin qui, une fois grillé, s’avéra vraiment excellent.

Pendant mon tour de garde, je fus alertée par une vision furtive. Quelque chose venait de passer dans les arbres. Pour ne pas y aller seule et assurer mes arrières, je réveillais Locke. Nous nous approchâmes prudemment de l’endroit où j’avais cru voir une possible menace. Nous montâmes sur un petit rocher pour mieux voir. En contre bas, nos regards se fixèrent sur les lumières de King’s Port. J’esquissais un sourire, il restait donc des survivants là-bas. Mais il s’effaça vite. Une espèce de baudruche de la taille d’une outre d’eau, d’où pendaient de répugnants boyaux, passa entre nous et la cité royale.

Épisode 7

Dramatis Personae

Bareena est une aventurière dératisatrice. Les héros l’ont rencontrée dans les égouts de Port-Royal alors qu’elle était entrain de se débarrasser de nuées de rats. Ils l’ont aidée dans sa tâche. Elle connait Albian Galstaf et leur a indiqué où il était parti.

⚰️ Les héros ont rencontré Saler Falon alors qu’il gardait la palissade à Aragron. C’est un ancien chevalier rouge. Il a perdu son bras au court d’une aventure et a été soigné dans le village où il habite aujourd’hui. Son corps a été découvert dans la salle principale de l’auberge d’Aragon.

Jacob Galstaf est le premier commanditaire des héros. C’est un riche marchand d’épices, très proche de la noblesse de Port-Royal. Il a fait passer une annonce discrète à laquelle ils ont répondu.

⚰️ Trabian Galstaf est le fils de Jacob Galstaf. Il était membre des Cavaliers Écarlates. Les héros l’ont retrouvé mort dans d’anciennes ruines Sa-Karan. Il a vraisemblablement perdu la vie en combattant des espèces de tripodes arachnéens. Aelyn a récupéré sa chevalière portant les emblèmes de sa famille.

⚰️ Émile Keswraith est un prospecteur nain. Il a indiqué aux héros où se trouvait les ruines Sa-Karan qu’Albian Galstaf cherchait à explorer. Il a été trouvé mort à Aragron, gisant au coté du corps de Saler Falon.

Simon Rothleg est le secrétaire particulier des Galstaf. C’est lui qui a expliqué au héros en quoi consistait leur première mission. Il semble désinvolte, souriant et avenant.

Jonasz Skulf tient le bar de la célèbre taverne de Port Royal l’Ombre du Roi.

⚰️ Ralugon est un nain à la réputation jovial. Il est le chef des Briseurs de Golem. Les héros l’ont croisé au début de leurs aventures alors qu’ils se rendaient à Aragron. Ils ont ensuite retrouvé son corps, à moitié dévoré au pied du pont enjambant la rivière non loin du village de bucheron. Aelyn a récupéré son anneau pour attester l’avoir trouvé. Un tumulus a été érigé en son honneur. 

Tam est une petite fille retrouvée près d’une maisonnette à moitié détruite par les flammes, située à une journée de marche d’Aragron. Elle était prostrée derrière un muret, complètement paniquée. Les héros l’ont recueilli et l’ont persuadée de les accompagner jusqu’au village de bucheron.

Coeur Vaillant est un célèbre troubadour. Les héros l’ont rencontré , sans lui parler, dans une auberge à Aragron où il a raconté l’histoire des Septs et du roi troll.

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