Evernight – Ep. 07

Evernight – Ep. 07

Présents : Catulla (X.O.), Hamilton Mc Cormak (Arnok), Locke (Bankace), Odel Razakar (Casa), Aelyn Sombre-Feuille (Chris)

Personnages impliqués : Reg, des monstres en veux-tu en voilà, des esclaves et un poil de désespoir.

Quelque peut intriguée par cette vision furtive, je me demandais un instant si je n’avais pas rêvé. Cela ne s’arrangea pas quand Locke me raconta avec conviction la journée passée, persuadé qu’il s’agissait du souvenir d’une de ses aventures de jeunesse. Par prudence, nous décidâmes d’éteindre le feu et de finir le quart à deux. Nous laissâmes les autres passer une bonne nuit pour leur raconter tout cela à leur réveil.

Au petit matin, le soleil était toujours caché par ces oppressants nuages noirs. Je partis relever mes pièges. Même si Cat avait miraculeusement trouvé un marcassin avant de se coucher, il était important d’engranger un maximum de nourriture. Il était clair que ce qui avait mis à sac Aragron, avait emporté, en plus des objets de valeurs, tout ce qui pouvait nous nourrir. Je me faufilai dans le premier fourré où j’avais laissé mes collets. Et là… rien. Non seulement je n’avais rien pris, mais tout avait disparu, comme emporté par une bête énorme. Dans le second emplacement, de nouveau, le vide. Je n’avais rien pour faire de nouveaux pièges, il fallait absolument que je les retrouve. Je partis donc, passablement énervée, à la recherche du voleur. Une demi-heure, puis une heure, puis deux heures passèrent sans que j’en trouve la moindre trace. Quand, au détour d’un groupe d’arbustes particulièrement dense, un énorme sanglier. La bête se mit à nasiller de surprise. Moi-même, je ne pus m’empêcher de crier. Heureusement, personne n’était là pour voir la scène : moi à quatre pattes, le visage à quelques centimètres a peine de la truffe d’un porcin, les deux protagonistes, la gueule ouverte et criant à tue-tête. La surprise passée, je me dis que je pouvais probablement en venir à bout, mais que je risquais de me blesser dans l’opération. Au vu de la situation du royaume, mieux valait je sois en pleine possession de mes moyens. Je pris donc mes jambes à mon cou. Le sanglier, bien décidé à ne pas laisser passer un tel affront, parti à ma poursuite. Surement dynamisé par la peur de tester les défenses de l’animal, je courus comme jamais encore je ne l’avais fait. Même si je n’entendais plus ses cris, je ne m’arrêtais pas avant d’avoir le campement en vu. Tout en vérifiant qu’aucun de mes amis ne m’avait entendue arriver, je bombais le torse, je m’époussetais et rentrais dans le cercle formé par nos tente.

— On a volé mes collets. J’ai eu beau les chercher, je les ai pas retrouvés. dis-je simplement comme si de rien n’était.
— Surement la créature imaginaire que tu as cru voir cette nuit, répondit Odel moqueur.
— Et bien jeune homme, je l’atteste, j’ai moi-même bien vu la créature dont parle la petite Aelyn. Tout cela me rappelle une vieille histoire. Nous marchions mes compagnons et moi, vers la ville d’Aragron, un village de bucheron que vous connaissez peut-être. Dans les arbres, j’ai aperçu une étrange créature, sombre, dotée de trois oculaires. Cela m’a paru étrange et j’ai demandé à mes compagnos d’aller voir la chose de plus près. Malheureusement, la jeune elfe qui nous accompagnait n’a rien trouvé et je n’ai jamais pu la convaincre que je l’avais réellement observé. C’est un peu comme ce qui s’est passé cette nuit finalement.
— Euh… Ce n’est pas ce qui s’est passé avant-hier ça ?
— Chut, dis rien Cat. Il a fait le même coup cette nuit. Dis-je à mon amie en lui posant le doigt sur sa bouche.

Pendant la journée, le moral remontait. À part moi, tout le monde avait passé une bonne nuit. Hamilton, pourtant privé de la vive lumière du soleil, parlait de tout et de rien, souriant même parfois. Reg grommelait, nous faisait part de ces appréhensions quant la perspective à se rapprocher de Port-Royal. Sur le chemin, les quelques fermes que nous croisions avaient été méticuleusement vidées, comme à d’Aragron. Les champs étaient vides de paysans. À part la nôtre, aucune présence humaine ne venait troubler le bruit du vent. Le soir, nous nous trouvâmes une bicoque accueillante, avec une cheminée chargée en bois et suffisamment de lits pour tout le monde. Ce fut peut-être la plus belle journée avant longtemps.

Le lendemain, la marche ne fut pas tellement différente que la précédente. D’où nous étions, nous pouvions observer le pic à loisir. Il était apparemment fait d’un métal sombre, irrégulier, boursouflé. D’immenses tuyaux couraient le long de ses parois, comme autant de tendons ou d’artères. Dépassant son sommet, ces tubes s’évasaient pour recracher une épaisse fumée noire. Elle formait un cône lugubre qui s’élevait jusqu’à se perdre dans le plafond nuageux qui nous cachait le soleil.

La nuit ne se passa pas comme nous l’escomptions. Malgré l’apparent calme du hameau où nous nous trouvions, nous avions organisé des tours de garde. Alors qu’il observait les environs, en chantonnant négligemment, appuyé sur le montant de la porte d’entrée, Hamilton se figea, son fredonnement se tut. Incapable de faire le moindre mouvement, le chevalier ne put qu’être spectateur de la scène effroyable qui se déroulait sous ses yeux. Des monstres musculeux, dépourvus de têtes, venaient de débarquer à quelques pas de la maison où nous nous étions réfugiés. Des barge s flottantes descendaient des dizaines de créatures arachnéennes à six pattes, mélange de chair et de chitine. Des cerveaux flottants desquels pendaient des sortes de boyaux, faisaient des aller-retour entre les bâtisses. Une créature vêtue d’une combinaison faite de cuir sombre, s’approcha d’Hamilton, tendit un de ses longs doigts filiformes. Hamilton tomba dans un coma sans rêve.

Froid, sol dur, pas de lumière, bruit de chaines, courbatures, douleurs aux côtes. Quelque chose n’allait pas. Je pris une grande respiration, et ouvris les yeux. J’étais allongée sur le côté, la joue au contact du parquet, le visage face à un mur. Catulla me secouait par l’épaule.

— Aelyn, réveille-toi. Il s’est passé quelque chose de grave.
— Hein ? Mais ?! Qu’est-ce qu’on fout dans une chambre d’enfant ?
— Une chambre d’enfant ? demanda Locke. Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
— Il me semblait que le cheval à bascule, les dessins sur les murs et les craies de couleurs, c’était des bons indices. J’ai dû me tromper, dis-je en me relevant agacée.

Je m’étirais en espérant faire partir la sensation d’engourdissement, mais arrêtais mon geste immédiatement. Mes poignets étaient attachés par des menottes verdâtres, à moitié transparentes. La chaine reliant les deux entraves, elle-même fixée par un anneau à une plus grosse encore solidement fixée et cadenassée à une attache scellée dans le mur. De l’autre côté, un boulet nous empêchait de nous séparer, mes cinq camarades et moi.

—Cat. Où est Tam ?
— Je ne sais pas. Nous ne voyons rien ici nous.
— Faut nous échapper. Faut aller la chercher. Hamilton est réveillé ?
— Non, pour l’instant, il n’y a que vous deux qui êtes debout, répondit Locke pendant que Catulla s’occupait du chevalier.
— Aaah ! Des monstres sans têtes. De la chitine ! Solace à moi ! Cervelas flottants ! Aaaah ! Solace ! Sauvez-moi ! Peux plus bouger !

Hamilton se réveilla brutalement, en criant. Il pensait apparemment toujours être le soir précédent, pendant son quart.

— Chut, calme-toi Hamilton. Ce n’est rien. Y’a plus rien ici. Rien que nous. Dis-je en lui tapotant l’épaule.
— Oui, même Solace n’est plus avec nous. Dit Hamilton en s’assoyant en boule dans un coin.
— Il faut essayer de faire des choses. Nous ne pourrions pas tenter de tirer sur la chaine pour la décrocher du mur ? proposa Catulla.
— Faudrait faire tourner l’anneau pour le desceller. Ça peut marcher. Hamilton, va aider Cat, s’il te plait. Demandais-je poliment.

Ils s’exécutèrent et n’eurent même pas le temps de forcer. À peine ils avaient commencé à penser mettre l’anneau en rotation qu’une forte douleur leur vrilla le crâne.

— Bon, il semblerait que ça soit une mauvaise idée. Comme je vous l’ai bien dit, il faudrait mieux tirer sur la chaine.

Sans que je sache vraiment pourquoi, Cat me jette un regard noir. Peut-être avais-je été un peu directive. J’en pris bonne note. Dorénavant, je ferais plus attention. Même si le fait que je dirige le groupe me semblait être la meilleure chose qui puisse nous arriver, il ne fallait pas risquer les conflits inutiles.

Toujours est-il que cette nouvelle tentative ne donna rien de mieux que quelques maux de tête supplémentaires. Nous essayâmes de regarder dehors. Rien, les rues étaient vides. La porte ? Fermée à clé. Impossible de voir ce qu’il y avait au-delà. Les murs ? Solides, infranchissables. Les sortilèges d’Hamilton ? Absorbés par ses menottes. Conclusion, nous étions coincés. Si notre situation était inquiétante jusqu’à maintenant, elle était maintenant désespérée. Je pensais sincèrement que ça ne pouvait pas s’empirer. Mais c’était sans compter sur l’imagination perverse du destin.

Alors que nous étions en train d’étudier la porte, des pas lourds se firent entendre derrière. Une image se forma dans nos esprits. Nous nous regardâmes saisir une clé jetée au sol et ouvrir le cadenas fixant la chaine commune au mur. Nous échangeâmes des regards inquiets, chacun d’entre nous avait vu la même chose. Dans la serrure, le bruit des pistons se fit entendre et la porte commença à s’ouvrir lentement. Je me précipitais pour me cacher dans l’embrasure, mais ce qui rentra me coupa toute velléité d’action. Alors qu’elle n’avait pas de tête, l’immense créature dut se pencher pour passer la porte pourtant de bonne taille. Sa main aux longs doigts effilés, prolongeant un long bras décharné, jeta une clé sur le sol qui tomba à l’endroit même où elle était apparue dans nos esprits quelques instants plus tôt. Son autre membre musculeux donnait à la bête une allure dissymétrique plus que dérangeante. Son absence de crâne était compensée par la présence de trois yeux globuleux collés à son torse rajoutant un peu plus au malaise. Entendre la description désordonnée de Hamilton était une chose, l’avoir en face en était une autre. Je restais paralysée quelques secondes, la bouche ouverte, avant de reprendre mes esprits. Je secouais la tête, prête à aller chercher la clé pour nous libérer. Mais c’était trop tard, Reg avait déjà obtempéré. La lourde chaine qui nous liait au mur tomba au sol dans un grand fracas métallique et le silence retomba.
Après quelques longues secondes, la créature marcha vers Hamilton qui recula. Mais elle ne fit pas attention au chevalier. Elle se déplaçait comme mue par un mécanisme froid et incapable de prendre la moindre initiative. Elle prit le boulet et nous tira sans ménagement en dehors de la pièce. Elle nous fit passer par le couloir de la maison puis dans le grand salon. Après avoir traversé le hall de cette bâtisse bourgeoise, nous sortîmes enfin.

Nous avions été transportés jusqu’à Port-Royal. Comme la maison dans laquelle nous étions enfermés nous le laissait penser, nous étions dans les quartiers bourgeois, quelque part entre les murs d’enceinte et les grandes tours du château royal. La ville était dévastée. Beaucoup de bâtiments étaient éventrés. Sur les bâtisses des quartiers populaires, des masses noires grouillantes, formées de créatures arachnéennes donnaient aux murs un aspect sordide, comme organique. Comme dans la description que nous avait faite Hamilton de la nuit de notre enlèvement, des cerveaux d’où pendaient des espèces de boyaux répugnants flottaient ici et là. D’autres grappes d’habitants de Valusia avaient été tirées jusqu’au centre de la rue. Parmi eux, aucune personne âgée, aucun enfant. Qu’avait bien put devenir Tam ? Je ne pus retenir une larme. La situation était plus que catastrophique. Allions-nous finir notre vie de héros ainsi, avant même de l’avoir commencée ?

Comme dans la chambre, quelque chose nous projeta des images mentales, nous montrant la marche à suivre. Nous devions tous nous aligner derrière une charrette et la suivre docilement. Odel profita de l’occasion pour se rapprocher des autres prisonniers et leur poser quelques questions.

— Ça fait combien de temps que vous êtes ici ? chuchota le mage.
— Trois jours. Mais faut pas parler.
— Qu’est-ce qu’on va nous demander de faire ?
— Piller. Mais taisez-vous ! répondit l’homme en regardant Odel d’un œil noir.

Même si l’envie ne manquait pas, je ne dis rien. Je ne me rebellai pas. Comme mes compagnons d’infortune, je suivis le mouvement sans un mot. Cela ne m’empêcha pas d’observer tout autour de moi, de mémoriser le chemin et de perdre un peu plus espoir au fur et à mesure que nous avancions, comprenant que nous n’avions aucunes chances de nous enfuir.
Comble des combles, on nous amena là où, quelques jours plus tôt, tout avait commencé. L’entrée du manoir des Galstaf n’était plus qu’un tas de gravas. Par images interposées, on nous intima l’ordre de rentrer. Je me souvenais encore de la magnificence des lieux. Aujourd’hui, le plafond du premier étage avait disparu, tout comme celui du second. Comme à l’auberge d’Aragron, le toit du manoir avait été soufflé. D’où nous étions, nous pouvions observer la couverture de nuage noir. Sous les décombres, écrasés par les magnifiques lustres sous lesquels nous avions marché il n’y a pas si longtemps de cela, gisaient les corps des gardes qui nous avaient accueillis en souriant, alors que nous étions si fiers d’avoir été choisis. Saisie par la scène, je regardais mes pieds et je pleurais, doucement.

Une nouvelle image se forma dans nos esprits. Nous pouvions nous observer en train de rentrer dans le vestibule sur le côté du hall. Dans la suggestion, nous ramassions des corps d’autres esclaves comme nous. Oui, c’était clair maintenant, nous étions passés de héros en devenir au statut d’esclaves au service de créatures ignobles. Nous allions devoir ramasser des corps qui se feraient l’écho de notre sort si nous ne faisions pas ce qui nous était demandé. Incapable d’imaginer une quelconque issue à la situation, nous ne pûmes que nous exécuter. Telles des machines, nous marchâmes jusqu’à la petite pièce qu’on nous avait indiquée.
Le sol s’était effondré dans la cave en dessous alors que le groupe de six esclaves travaillait. Tous avaient lourdement chuté. Le plafond leur était ensuite tombé dessus, écrasant les chairs et brisant les os. Ils n’avaient eu aucune chance de s’en sortir. Nous descendîmes prudemment, escaladant les tas de gravas. Nous réussîmes au prix d’énormes efforts à sortir les corps. Chacun d’entre nous s’occupait d’un des infortunés. Un peu par esprit communautaire, mais surtout pour tenter de me raccrocher à ce que je connaissais, me souvenir de ma vie d’avant, je me focalisais sur le seul elf tombé au fond des sous-sols. Comme les autres, je remontais mon fardeau jusqu’au niveau du hall. Alors que mes bras commençaient à ressentir le poids du mort, celui-ci ouvrit les yeux. Surprise, je ne pus m’empêcher de pousser un cri. Il bougeait les lèvres, n’émettant qu’un simple souffle.

— Chut, il est pas mort. Il essaye de me parler. Dis-je en rapprochant mon oreille de sa bouche.
— Je suis… suis… Arwik… Cherchez… Val… Hmf… Cherchez… Valador. Souffla l’elf dans un dernier effort avant de retomber inconscient.
— Arwik est le grand chambellan du roi. Enfin, tout du moins, il l’était. nous dit Odel, après que je lui ai répété ce que je venais d’entendre.
— C’est un elf, ça semble correspondre, ajouta Catulla.
— Catulla, il faut essayer de le sauver, implorais-je en le déposant à terre.

Catulla me regarda intensément avant de se pencher sur le corps. Je l’aidais du mieux que je pouvais. Mais le verdict ne surprit personne.

— Il est mourant, Aelyn. Désolée, mais sans pouvoir l’amener dans un dispensaire, nous ne pourrons rien faire pour lui.
— Si Solace pouvait encore nous entendre, il le sauverait surement, souffla Hamilton en tentant de dissimuler son désarroi.

La confirmation de ce qu’annonçait Catulla ne se fit pas attendre. Le pouls d’Arwik déjà faible s’arrêta, définitivement. Je poussais un souffle et lui fermait les paupières. Un mélange de rage et de sentiment d’impuissance me tiraillait. Je ne savais plus si je devais patienter ou agir. C’est Locke qui me tira de mon mutisme.

— Jeunes gens, on devrait profiter qu’on ne nous surveille pas pour tenter de récupérer quelques petites choses utiles. Dit-il tout en fouillant les décombres du hall.
— Bonne idée Locke. Je reconnais bien là un fidèle de Solace, l’esprit clair, prêt à lutter contre les créatures impies.
— Pas de précipitation, méfions nous quand même. Nous sommes toujours vivants mais cela pourrait ne pas durer. Soyons prudents. répondit Cat en montrant Arwik du doigt.

Soulevant les pierres, retournant les éclats de poutres déchiquetées, Locke trouva de quoi crocheter une serrure. Cat dénicha des lacets et quelques morceaux de cuir qui pourrait lui servir à confectionner une fronde. Vu l’état de la cité, les projectiles ne manqueraient pas. Hamilton prit une épée sur le corps d’un des gardiens. Quant à moi, je dégotais une simple dague. J’aurais préféré un arc ou une arbalète, mais je n’aurais eu aucune chance de les dissimuler. Il allait falloir que je me contente de cette petite lame. Son contact contre ma jambe aura au moins le bénéfice de me rassurer. Nous reprîmes les corps que nous étions venus chercher et avec eux, nous sortîmes rejoindre nos geôliers.

Dehors, on nous fit nous aligner. D’autres grappes de prisonniers sortaient d’autres maisons et firent de même. Une jeune femme juste à côté de moi se pencha et murmura sans quitter ses pieds des yeux.

— Vous êtes nouveaux. On vous a jamais vu ici. Si vous avez pris des choses, lâchez-les. Maintenant.
— Pourquoi ?
— Lâchez-les. Vite.

À contrecœur, je laissais tomber ma dague à mes pieds et fis passer le mot à mes compagnons. Ils me regardèrent et devant mon regard désespéré, firent de même. Nous étions de nouveau désarmés. Même si je ne savais pas pourquoi, je sentais que cette femme avait raison et qu’il ne fallait surtout pas garder quoi que ce soit sur nous. Accompagnée de trois groupes d’esclaves et de leur gardien décapité, une créature humanoïde s’engagea dans la rue. Sa silhouette longiligne, haute de plus de deux mètres vingt, semblait flotter au-dessus du sol. Sa tête triangulaire était percée de deux grands yeux noirs. Les hommes qui l’accompagnaient se mirent à trier les objets rassemblés au milieu de la rue. Ils écartaient certains objets pour ne garder que ceux qui semblaient avoir de la valeur, les armes, les bijoux. Sans nous regarder, ils ramassèrent ce que nous avions laissé tomber à nos pieds. Pendant qu’ils s’affairaient, la créature s’approcha de nous et nous fixa de ses grands yeux sombres, comme pour aspirer toute volonté de rébellions. Elle tendit un de ses longs doigts filiformes et nous effleura le front. Quand arriva mon tour, le souffle rendu court par l’appréhension, je me sentis comme vidée. Je ne pus contrôler mon esprit qui se mit à rejouer les quelques instants qui venaient de se passer. Je me revis lâchant la dague. J’entendis à nouveau ma propre voix demandant à mes compagnons de faire de même. Je savais que mon esprit venait de révéler nos derniers secrets.

Sans un bruit, toujours dirigés à l’aide d’images mentales, nous retournâmes à notre chambre d’enfant. On nous fit refermer le cadenas autour des maillons de notre chaine, nous attachant au mur. Puis, pour nous condamner tout à fait, nous lançâmes la clé au-delà de la porte. En guise de repas, on nous jeta à même le sol, quelques rats crevés et un seau d’eau saumâtre. Nous les rassemblâmes dans un coin de la pièce. Sans un mot, nous nous couchâmes sur le sol. Je gardai les yeux ouverts un moment. Des larmes coulaient sur mes joues. Je repensais à ma forêt. Je fermais les yeux. Mon esprit se rappela la langue râpeuse des chats sur ma peau, l’écorce rugueuse dans mes paumes, le craquant des feuilles de l’automne sous mes semelles, la fraicheur de l’odeur de l’humus dans mes narines, la douceur de la brise dans les cimes. Sans prévenir, enfin, le vide du sommeil m’envahit.

Episode 8

Dramatis Personae

Bareena est une aventurière dératisatrice. Les héros l’ont rencontrée dans les égouts de Port-Royal alors qu’elle était entrain de se débarrasser de nuées de rats. Ils l’ont aidée dans sa tâche. Elle connait Albian Galstaf et leur a indiqué où il était parti.

⚰️ Les héros ont rencontré Saler Falon alors qu’il gardait la palissade à Aragron. C’est un ancien chevalier rouge. Il a perdu son bras au court d’une aventure et a été soigné dans le village où il habite aujourd’hui. Son corps a été découvert dans la salle principale de l’auberge d’Aragon.

Jacob Galstaf est le premier commanditaire des héros. C’est un riche marchand d’épices, très proche de la noblesse de Port-Royal. Il a fait passer une annonce discrète à laquelle ils ont répondu.

⚰️ Trabian Galstaf est le fils de Jacob Galstaf. Il était membre des Cavaliers Écarlates. Les héros l’ont retrouvé mort dans d’anciennes ruines Sa-Karan. Il a vraisemblablement perdu la vie en combattant des espèces de tripodes arachnéens. Aelyn a récupéré sa chevalière portant les emblèmes de sa famille.

⚰️ Émile Keswraith est un prospecteur nain. Il a indiqué aux héros où se trouvait les ruines Sa-Karan qu’Albian Galstaf cherchait à explorer. Il a été trouvé mort à Aragron, gisant au coté du corps de Saler Falon.

Simon Rothleg est le secrétaire particulier des Galstaf. C’est lui qui a expliqué au héros en quoi consistait leur première mission. Il semble désinvolte, souriant et avenant.

Jonasz Skulf tient le bar de la célèbre taverne de Port Royal l’Ombre du Roi.

⚰️ Ralugon est un nain à la réputation jovial. Il est le chef des Briseurs de Golem. Les héros l’ont croisé au début de leurs aventures alors qu’ils se rendaient à Aragron. Ils ont ensuite retrouvé son corps, à moitié dévoré au pied du pont enjambant la rivière non loin du village de bucheron. Aelyn a récupéré son anneau pour attester l’avoir trouvé. Un tumulus a été érigé en son honneur.

Reg est un brigand qui, avec ses acolyte, a organisé une embuscade sur la route menant à Aragron. Malheureusement pour lui, il est tombé sur les aventuriers et a essuyer une sévère et brutale défaite. Tous ses compagnons ont été tués. Quant à lui, il a été forcé d’intégrer le groupe pour aller, à son fort défendant, jusqu’à Port-Royal.

Tam est une petite fille retrouvée près d’une maisonnette à moitié détruite par les flammes, située à une journée de marche d’Aragron. Elle était prostrée derrière un muret, complètement paniquée. Les héros l’ont recueilli et l’ont persuadée de les accompagner jusqu’au village de bucheron.

Coeur Vaillant est un célèbre troubadour. Les héros l’ont rencontré , sans lui parler, dans une auberge à Aragron où il a raconté l’histoire des Septs et du roi troll.

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