Evernight – Ep. 13

Evernight – Ep. 13

Présents : Altaïr (Glen), Catulla (X.O.), Hamilton Mc Cormak (Arnok), Aelyn Sombre-Feuille (Chris)

Personnages impliqués : Aden, des espions morts, des rats bien vivants, une foule en délire et un monstre à deux pattes.

Toujours est-il que nous n’avions aucune raison de ne pas suivre la demande de Sarah et d’Aden. Bon gré mal gré, je fis ce que demandaient les deux véritables dirigeants du camp. J’amènerais le groupe sauver les quatre mercenaires que nous avions eu la bonté d’épargner. Locke et Odel, sans autre raison que d’être lassés de marcher, décidèrent de rester au camp. Le premier se plaignant de ses rhumatismes et le second ne voulant simplement pas y aller parce que cela l’ennuyait. Je comprenais l’arcaniste, il n’y aurait eu que moi, je n’y serais pas allé non plus, mais de ma décision dépendait la crédibilité du groupe. Je n’avais pas les mêmes responsabilités qu’eux.

Le trajet jusqu’au tombeau de Tragor fut d’un ennui abyssal. Nous croisâmes les mêmes ossements, les mêmes stèles et la même salle aux cinq statues. Une fois arrivés, nous trouvâmes l’endroit ouvert. Les cales que nous avions bricolées avaient été jetées dans le couloir et l’énorme pierre refermant la salle déplacée. Prudemment, je jetais un œil à l’intérieur, et découvrais les corps inanimés des quatre mercenaires. À l’instar des victimes du maître des vermines découvertes le matin, tous les quatre avaient été grignotés au point de ne plus avoir que quelques tendons à la place des chairs. Des traces de brulures intenses me firent penser qu’ils n’avaient peut-être pas souffert. Ce n’était pas plus mal. Leur traitrise avait beau exiger une punition exemplaire, ils ne méritaient pas une mort aussi horrible que pouvait l’être celle qui nous attend quand d’innombrables petites dents acérées nous rongeaient jusqu’à l’os.

Au milieu de la suie, des milliers de petites traces de pas ne laissaient aucun doute sur ce qui avait attaqué les sbires de nos anciens tortionnaires. Visiblement, le maître des vermines avait également la maîtrise de quelques arcanes.

— Il faudrait que nous en sachions plus sur lui, regardez là, il y a une trace de bottes. Si c’était lui ? demanda Catulla de sa petite voix habituelle.
— Je ne suis pas sûr que ça soit prudent. On devrait plutôt rentrer aux camps afin d’établir un plan. Je n’ai aucun doute sur ma… notre capacité, pardon… à le mettre hors d’état de nuit. Sauf que sans préparation, c’est sûr, l’un d’entre vous risque d’y passer. Répondis-je.
— Peut-être, mais ça serait surement mieux d’en savoir plus maintenant. Il faut que nous protégions le camp tu ne crois pas ? Si on suit les traces et que nous arrivons à le surprendre, nous ne sommes pas obligés de lui sauter dessus, mais au moins, nous saurons où il se cache. En plus, il s’est attaqué à des espions des maîtres. Peut-être qu’il est contre les envahisseurs. Nous pourrions peut-être nous en faire un allier.
— Oui, Solace le dirait mieux que moi. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis.
— Mmmh. Bon, j’ai bien analysé la situation et j’ai une idée. Dis-je après quelques secondes de réflexion.
— Et c’est quoi cette idée ? demanda Altaïr.
— Je pense qu’il est important de suivre les traces. On pourrait, comme ça, surprendre le maître des vermines et chopper des précieuses informations. Et puis s’il est contre les maîtres, on pourra s’en faire un allier. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je regardais tour à tour mes camarades droit dans les yeux avant de me retourner et de m’engouffrer dans le couloir où les empreintes semblaient nous emmener. À notre grand désarroi, elles ne firent que nous faire revenir sur nos pas par un autre chemin et nous entrèrent à nouveau dans la salle des statues. Nous cherchâmes un peu mieux et nous trouvâmes quelques nouvelles traces dans trois des six tunnels qui débouchaient ici. Après avoir pris l’avis de mes compagnons, je suivis la piste qui nous semblait la plus prometteuse. Après une trentaine de minutes de marche, nous arrivâmes en bas d’un puits d’où une échelle partait, montant vers une trappe.

— Altaïr, tu es à l’aise dans les tunnels et pour grimper. Monte et va voir ce qu’il y a au-dessus, demandais-je au Halfelin.
— Euh… j’ai pas mon mot à dire ? répondit-il en mettant ses poings sur les hanches.
— Je ne comprends pas la question.
— Bah, il ne me semblait pas avoir entendu dire que tu étais la cheffe.
— Je ne suis pas cheffe, mais… mais…
— Laisse tomber Altaïr, continua Cat. Il semblerait que ça lui fasse plaisir de croire que c’est elle qui commande. En vrai, on fait ce qu’on veut.

Je me retournais et regardais mon amie, étonnée.

— Comment ça, il semblerait que ça me fasse plaisir de croire ? répétais-je en secouant la tête.
— Bah, je sais pas trop. Tu dis que tu commandes, mais on a jamais rien décidé en vérité, répondit Catulla en rentrant la tête dans les épaules.
— Non, c’est vrai, on a rien décidé. Mais il semblerait que ce groupe n’aurait pas avancé beaucoup si j’avais pas pris les décisions qu’il fallait prendre. Et si je l’avais pas fait, on serait morts et enterrés. Parce que bon, y’en a certains qui foncent avec un peu trop d’ardeur, si vous voyez ce que je veux dire.
— Je n’ai pas d’ardeur particulière, jeune fille. Seul Solace guide mes pas. Je n’ai pas non plus d’or…
— Bon, on fait quoi du coup. Vos débats sont intéressants, mais bon, ça nous fait pas trop avancer tout ça. Coupa Altaïr.
— Et bien, il semblerait que parmi nous, tu sois le plus à même d’explorer les lieux. Répondit Catulla, en souriant d’un air géné.
— Ouais, OK, OK. J’ai compris. J’y vais.

Altaïr grimpa les échelons jusqu’à la trappe et l’ouvrit.

— C’est les égouts. L’échelle arrive dans une alcôve et il y a une grille entre-ouverte au bout. Nous prévint le Halfelin depuis l’étage. Je continue, suivez-moi.
— Montez, je ferme la voie. Dis-je en retour en restant tout aussi discrète. Faites attention. Les égouts ne sont pas sûrs, on s’approche dangereusement de la surface.
— Allons chercher le maître des vermines. Solace ne veut pas de sa présence ici.
— Hamilton, souviens-toi, on veut s’en faire un allier, pas de la chair a patté.
— Oui, en tout cas, pas dans un premier temps !
— Altaïr, tu sais où vont les traces ?

Le Halfelin observa un long moment les pierres parfaitement ajustées. Il semblait un peu perdu. Il prit une grande inspiration, tendit son doigt vers là l’aval.

— C’est par là. Dit-il en s’engageant dans la direction qu’il indiquait.
— T’es sûr ?
— Oui, je suis sûr. Madame douterait-elle de mes compétences ?
— Euh… non. Je me retournais vers Cat et chuchotais à son oreille. Il est agressif non ? Il a quoi ?
— Je sais pas, peut-être il est agacé par toi ?
— Je ne vois pas pourquoi il le serait ? Je suis une bonne cheffe non ?
— …
— Non ?

Cat se contenta de souffler en levant les yeux au ciel. Je commençais à me demander ce qu’il se passait. Les maîtres n’insuffleraient-ils pas de mauvaises pensées dans les esprits de mes camarades ?
Nous marchâmes quelques dizaines de minutes à la suite d’Altaïr. Le petit homme semblait sûr de lui. Il n’y avait pas de raison de ne pas lui faire confiance. Il était rompu à l’exploration dans les villes et ces endroits cachés. Nous changeâmes de berges plusieurs fois, ouvrîmes des grilles pour passer une demi-douzaine d’arches pour enfin arriver à ce qui semblait être un cul-de-sac. La canalisation se terminait par une grille scellée donnant sur l’extérieur et d’où les eaux de la ville se déversaient directement dans la mer.

— Il semblerait que je sois tombé dans le panneau, dit le Halfelin en se grattant le menton.
— Ah ? Quel panneau ? demandais-je.
— Eh bien, pour tromper les gens qui nous suivent, quand on essaye de les faire aller dans une mauvaise direction, on utilise quelques petits trucs.
— OK, mais c’est quoi là ?
— Il semblerait que le maître des vermines et ses sbires les rongeurs utilisent lui aussi ces subterfuges.
— Euh… tu comptes tourner autour du pot combien de temps Altaïr ?
— OK, OK, OK, tu énerves pas Aelyn. Bon, pour faire croire qu’on va dans une direction, on marche à reculons et on revient ensuite sur nos pas sans laisser de traces. Du coup, ceux qui suivent vont à l’opposer de l’endroit où on est allé. Tu comprends ?
— Oui. Je comprends aussi que tu nous as baladés. Bon, je reprends les choses en main.

Je fis demi-tour, furieuse que le halfelin n’ait pas seulement avoué s’être trompé. Ça peut arriver de se tromper ! Pourquoi ne l’avait-il pas simplement dit ? Avait-il seulement songé aux conséquences ? Et si quelqu’un avait été blessé par sa faute. Sans un mot, je rebroussais chemin, sans un regard pour le Halfelin. Au bout de quelques mètres, je me calmais. Rien ne nous était arrivé. La pire chose serait que nous perdions la cohésion que les maîtres avaient créée malgré eux. Je montrais, avec un sourire sincère, les indices que je détectais.

— Tu vois Altaïr, cette flaque là, s’étale par là. Ça indique la direction vers laquelle ils sont allés.
— Mais, ça veut rien dire. La flaque s’est étalée par là parce qu’il y a une fissure dans le pavé.
— Je t’assure que si. Regarde, il y a ici quelques gouttelettes. C’est clairement des traces laissées par les petites pattes des rats.
— Aelyn, c’est de la condensation !
— De la conden… C’est quoi de la… Condensa ? Oublie ma question. Ça n’a rien à voir avec de la cadensession. Tu comprendras quand tu auras l’expérience que j’ai en matière de pistage. Dans nos forêts, nous apprenons à traquer les bêtes dès notre plus jeune âge. On nous montre comment faire un indice de la moindre branche cassée, du plus petit caillou déplacé, de l’insignifiante feuille détachée.
— On est pas dans la forêt là, c’est des égouts, répondit Altaïr.
— Laisse-la faire. Dit Cat en posant sa main sur le bras du halfelin.

Je fis mine de rien avoir entendu. Il fallait que je reste concentrée. Je continuais à pister les traces des rongeurs. La tâche n’était finalement pas compliquée : un seul chemin était praticable. Notre périple nous mena jusqu’au premier endroit où nous avions vécu nos premières aventures. Là où nous avions combattu auprès de Bareena. L’ouverture que nous pensions avoir condamnée était maintenant complètement accessible. Elle donnait sur une faille de trente centimètres de diamètre qui s’enfonçait dans le sol. Autour, parfaitement visibles, des milliers de petites empreintes de pattes nous indiquaient la présence récente des rongeurs que nous poursuivions.

— Faut qu’on aille voir. Dit Altaïr en se penchant au-dessus du trou. Vous venez ?
— Euh… jeune homme, nous ne passerons jamais par cette ouverture. Nous ne sommes pas tous aussi fluets que vous. Solace nous a dotés de chacune d’attributs fort utiles, mais pas de ceux qui nous permettent de nous faufiler n’importe où.
— S’il veut aller voir, on a qu’à l’attacher à une corde. Proposais-je.
— Euh… J’y vais tout seul ?
— Bah, c’est toi qui veux y aller et on passe pas.
— Si vous retirez vos amures, vous pouvez descendre non ?
— Je crois qu’il n’est pas très prudent de retirer nos protections. Nous ne savons pas ce qu’il y a dessous. Et je ne peux pas rentrer là sans laisser ma lance.
— C’est clair, ça serait suicidaire.
— Bon, OK, j’y vais.

Nous attachâmes solidement notre seule corde à la taille de l’halfelin, qui avec une dextérité que nous ne lui connaissions pas encore, commença à s’engager dans le gouffre. Cat, Hamilton et moi tenions fermement la corde, prêts à le remonter au moindre problème. Après quelques minutes de descente, la corde se détendit. Nous regardâmes l’air inquiet.

— Tout va bien, Altaïr ? demanda Hamilton.
— Ouais ! Pas de problème ! C’est seulement que la corde est trop courte. Je continue à desce… euh… attendez.
— Altaïr ? appelais-je en commençant à m’inquiéter.
— Chut, je veux écouter… Remontez-moi ! VITE ! BORDEL ! REMONTEZ-MOI !

La corde se tendit brusquement. Nous tirâmes dessus de toutes nos forces. Nous entendions Altaïr crier. En arrivant en haut, l’halfelin décolla et nous nous retrouvâmes tous les quatre allongés sur le sol. De la fissure sortirent des centaines de rats. Ils étaient si nombreux qu’ils avaient un aspect de fluide visqueux. Désespérée, je me saisis d’une pelle et je tentais en vain de les écraser. Hamilton se leva d’un bon, brandit son épée qu’il enflamma, la lumière de sa lame se reflétant dans ses yeux lui donnant un air encore plus féroce qu’habituellement. Il sauta au milieu de la nuée et fit un grand geste circulaire étalant la flamme tout autour de lui. Le silence revint.

— Voilà, Solace n’en a pas laissé un vivant. Dit-il en souriant.
— OK, fit Altaïr en écarquillant les yeux et en s’époussetant. Efficace, j’en conviens.

Nous bouchâmes à nouveau le trou et commençâmes à débattre sur ceux que nous allions faire ensuite. Malgré mes protestations, tout le monde insista pour que nous poussions jusqu’aux caves de l’Ombre des rois. J’eus beau tenter d’expliquer que ce n’était pas prudent, que nous pourrions tomber sur des maitres et nous faire capturer à nouveau, rien n’y fit. Même Cat était d’accord pour que nous y allions, sous prétexte que peut-être, il y avait là bas, des prisonniers. Enfin, ils étaient surtout d’accord pour que — moi — j’y aille. Quand je montai à la petite échelle qui nous menait à la réserve de l’auberge, tous se tenaient loin, prêts à fuir. Je dois avouer que mon inquiétude se mêla étrangement au sentiment de fierté d’être la seule capable de ne pas me faire repérer et celui d’être quelque peu manipulée par mes compagnons prêts à ce que je me fasse capturer juste pour aller voir. C’est donc avec une prudence surement excessive que je soulevais la petite trappe donnant accès à la zone de stockage des alcools. Je fus immédiatement prise de nausée. Le sol était recouvert d’une espèce de pattes qu’avaient laissée les litres de bière et de vin évaporé depuis l’attaque. Tout n’était que chaos. Les tonneaux avaient été éventrés, les bouteilles brisées. Évidemment, aucune trace de prisonnier. Je refermais lentement la trappe et rejoignis mes camarades qui m’attendaient, bien cachés, prêts à me laisser aux mains de nos anciens tortionnaires. Je les regardais d’un œil noir et de biais.

— Alors ? Me demanda Cat.
— Rien. On rentre. Répondis-je laconiquement.

Le retour se fit en silence. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que mes compagnons avaient risqué ma vie pour satisfaire leur curiosité. À tous les embranchements, je laissai une petite marque afin que nous puissions retrouver le chemin dans le cas où nous aurions besoin de retourner dans la ville. Cela arriverait forcément. Il était évident que nous allions libérer Port-Royal à un moment ou à un autre. Pour être bien sûr, Cat nota à la craie, au dos de son bouclier, tous les changements de direction.

Notre arrivée ne fut pas aussi triomphale que ce que j’imaginais. S’il est vrai que nous n’avions pas fait grand-chose cette fois, ce que nous avions apporté aux camps aurait dû nous permettre de recevoir tous les honneurs lorsque nous revenions parmi le peuple. Au lieu de nous escorter, les réfugiés convergeaient vers les quartiers de lord Herrek. Alors que nous en étions encore à l’autre bout de la ville improvisé, nous pouvions entendre la clameur. « Des pommes ! Des pommes ! Les massacreurs ont ramené des pommes ! Vive les massacreurs ».

Intriguée par le fait que cette équipe de débutants ait pu rapporter quoi que ce soit d’aussi précieux, je m’approchais des tentes du gouvernement provisoire du royaume. Aden avait installé une table à l’entrée et les massacreurs y avaient vidé leur sac. Quelques dizaines de pommes seulement attisaient l’envie de produits frais de la population. Ils n’en avaient pas ramené suffisamment pour tout le monde. Je m’appuyais sur un poteau et esquissais un léger sourire. Alors que nous avions ramené des kilos de viande de troll à notre première sortie, eux n’avaient récolté que de quoi satisfaire une quarantaine de personnes tout au plus. Aden monta sur la table et organisa la file.

— Les malades en premier, nous verrons ce qu’il reste ensuite, cria-t-il en mettant ses mains en porte-voix.
— Lord Herrek nous avait promis ! Les massacreurs nous ont menti !
— Il y en aura pour les malades. Se défendit l’intendant.
— Quand on sera tous malade, vous allez faire quoi ? C’est de votre faute !
Malgré la cohue, la distribution commença. Lord Herrek sortit de sa tente et observa les gens à qui on posait un précieux fruit au creux de la main. Ils étaient maintenant plus d’une dizaine à être atteint de cette étrange maladie de la peau de lune. Soudain, un cri retentit derrière nous.
— Elle est pourrie ! Elle est pourrie ! Elle a un ver dedans ! C’est honteux ! C’est à cause de Herrek qu’on en est là ! Il a tué le roi et il essaye de nous tuer maintenant.
— Ouais ! Faut faire la paix avec les araignées ! Lord Herrek l’a déjà fait une fois ! Pourquoi il veut pas le refaire ? répondit quelqu’un dans la foule.

La grotte s’emplit d’un formidable grondement. Des poings se levaient. Hamilton et Altaïr montèrent sur la table et commencèrent à faire des gestes d’apaisement. Nullement inquiétée, j’avais confiance en mes compagnons, je me contentais de regarder lord Herrek. Son visage affichait une fureur qu’il ne cherchait même pas à dissimuler. Sa main s’était posée sur le pommeau de son épée et la lame apparue hors de son fourreau. Il toisa la foule du regard, se reprit, et fit demi-tour pour s’engouffrer dans sa tente, en poussant rageusement la toile faisant office de porte.

— Il a eu de la chance, en plus de la pomme, il a eu de la viande. Cria Altaïr à la foule.
— Les massacreurs n’ont pas eu de chance. Nous, les Déchainés, nous irons en chercher de nouvelles. Solace nous guidera et nous n’échouerons pas. Harangua Hamilton.

Le silence se fit à nouveau. La foule s’était retournée vers lui. Nous aussi d’ailleurs. Puis la clameur reprit de plus belle. Elle était joyeuse cette fois. « Déchainés ! Déchainés ! Déchainés ! ». Je restais la bouche grande ouverte. Hamilton venait de promettre à une foule capable de nous écrabouiller, une sortie de notre part au beau milieu des maitres et de leurs horribles sbires. Si j’étais persuadée que nous pouvions effectivement subvenir aux besoins du camp, je n’étais pas sûre que cette proposition prise sans réfléchir était bien raisonnable. Aden, derrière la table, semblait aussi surpris que moi. Je fis signe à Cat et je me dirigeais vers le camp. Aden nous reçut immédiatement.

— Entrez donc. Que voulez-vous ?
— Et bien, vous avez entendu Hamilton. Je crois qu’on doit aller chercher des pommes.
— Oui, j’ai fait une promesse au nom de Solace et je tiens à ce que nous la tenions.
— Tu aurais pu nous consulter avant, mais bon, ce qui est fait est fait hein… on va dire ça. Enfin bon bref, où on peut trouver des pommes ?
— Des pommeraies dans lesquelles il y a encore des fruits mangeables, je pense qu’il n’y en a plus. Les massacreurs ont visité la dernière accessible. Par contre, j’ai surement un endroit propice à nous réconcilier avec le peuple. Si vous empruntez les tunnels en suivant les marquages jaunes, vous arriverez à une faille dans les roches au nord de Port-Royal. Si vous continuez vers le nord, vous rejoindrez un chemin qui vous mènera à une orangeraie. Il s’agit d’une ancienne ferme qui en plus d’y faire pousser des excellents fruits, proposait des séjours de relaxations. Je ne sais pas si vous en aviez déjà entendu parler, mais il s’agit des termes de Holdam.

Je profitais de l’occasion pour raconter à Aden ce que nous avions découvert en allant délivrer les espions des Maîtres. Tout en m’écoutant, l’archiviste retranscrit toutes les instructions notées par Cat. Nous décidâmes de partir le lendemain après nous être occupés de notre matériel.

Au petit matin, ou en tout cas, ce qui y ressemblait, nous fîmes nos paquetages et partîmes joyeusement. Cette fois, Odel et Locke seraient du voyage. Mon nouvel arc faisait plutôt bonne figure accroché dans mon dos au-dessus du plus petit. Dans les tunnels, il ne servirait pas beaucoup, mais à l’air libre, il me sera vraiment utile. Nous marchâmes six bonnes heures en suivant les instructions d’Aden pour arriver, comme prévu, dans une grotte dont l’entrée donnait sur l’extérieur. De là où nous étions, nous pouvions voir l’orée d’un bois que nous savions devoir traverser pour atteindre le chemin qui nous mènerait, après une demi-journée de voyage, aux termes de Holdam. Afin de ne pas être dehors de nuit, moment privilégié pour nos ennemis, nous décidâmes de monter le camp dans les tunnels, à l’abri des attaques des maîtres.

La lumière du jour, bien que toujours aussi blafarde, nous réveilla. L’odeur qui régnait dehors était lourde, l’atmosphère était comme poisseuse. Nous avions l’impression de respirer un air lourd. Malgré cela, nous prîmes le temps de bien nous nourrir pour traverser le petit bois. Comme nous l’avait décrit Aden, un chemin envahi d’herbes partait vers le nord. Nous le suivions depuis une ou deux heures quand Altaïr s’arrêta net, les yeux perdus au loin. Surprise par son comportement, je me retournais tout en continuant à avancer. Ce fut une erreur fatale, je ne vis pas une racine et je m’étalais de tout mon long et dévalais violemment en contrebas du chemin. Altaïr décrivit une bête énorme, de prêt de six mètres de haut montés sur deux pattes massives. Elle s’approchait de nous à grands pas. Je n’eus pas le temps d’être effrayée, mes compagnons sautèrent à ma suite. Prise dans son élan, Catulla plongea, sans rien contrôler, tête la première dans les fourrés. Nous entendîmes alors un bruit terrifiant, mélange de grognement de félin et de cri strident, puis l’énorme battement du galop de la bête. Elle nous avait repérés. Nous partîmes dans une course effrénée à travers les bois. Le monstre nous poursuivait, faisant tomber les arbres comme s’il ne s’agissait que d’allumette. Et, surement lassée de nous poursuivre, elle revint sur ses pas et repartit dans la direction d’où elle venait.
— Ouf, on l’a échappé belle. Vous avez bien fait de me suivre dans les fourrés en bas du chemin. Quand j’ai vu cette bête, j’ai tout de suite pensé qu’il fallait nous cacher pour l’éviter.
— J’ai franchement cru que tu étais tombée, moqua Altaïr en me faisant un clin d’œil.
— Pas du tout, répondis-je en croisant les bras et en faisant la moue. Laissez tomber. On a un travail à faire. On n’a pas le temps de bavasser.
Le chemin grimpait lentement le long de la colline. La crête atteinte, le paysage qui s’offrait à nous aurait été magnifique s’il n’avait pas été plongé dans la pénombre perpétuelle que nos envahisseurs faisaient subir à notre monde. En bas de la pente, une grande bâtisse carrée à deux étages entourait une cour intérieure dans laquelle prospérait une véritable jungle. Nous avions atteint notre destination.

➵ Episode 14

Dramatis Personae

Aden est un ancien bibliothécaire de Mirzidor. Dès les premiers jours, il reçoit les héros pour que ces derniers lui expliquent ce qu’ils ont vu. La discussion avançant, ils arrivent ensemble à la conclusion que les envahisseurs étaient là avant que le pic ne tombe. C’est lui qui leur donne aussi leur première mission : aller récolter des algues vertes au sein même du territoire des trolls des mers.

Bareena est une aventurière dératisatrice. Les héros l’ont rencontrée dans les égouts de Port-Royal alors qu’elle était entrain de se débarrasser de nuées de rats. Ils l’ont aidée dans sa tâche. Elle connait Albian Galstaf et leur a indiqué où il était parti.

Coeur Vaillant est un célèbre troubadour. Les héros l’ont rencontré , sans lui parler, dans une auberge à Aragron où il a raconté l’histoire des Septs et du roi troll.

Dara est la compagne de Ralugon. Les aventuriers l’ont rencontré la première fois au camps de Port-Royal alors qu’ils lui rapportaient l’anneau du nain autre fois chef du groupe des Briseurs de Golems.

⚰️ Émile Keswraith est un prospecteur nain. Il a indiqué aux héros où se trouvait les ruines sa-karan qu’Albian Galstaf cherchait à explorer. Il a été trouvé mort à Aragron, gisant au coté du corps de Saler Falon.

Giniane est un prêtre de Solace d’une trentaine d’années. Il officie dans le camp de réfugiés situé sous la ville de Port-Royal.

Gralène est un ancien officier de la garde. Le groupe l’a rencontré alors qu’ils démontaient le manoir des Galstaf. L’homme aux cheveux grisonnant leur a donné de quoi manger et leurs a expliqué le sort réservé aux faibles. Les vieux et les enfants ont tout simplement servi de nourriture aux envahisseurs. Il a été libéré de ses chaînes en même temps que les aventuriers.

Aussi appellé « Le Loup », lord Herrek est le champion du roi. Il a lancé la résistance en créant un camps de réfugié dans une immense grotte situé sous la ville de Port-Royal. Les aventuriers se sont mis à son service à leur arrivée dans le camp. Des rumeurs cours à son sujet. Il aurait été capturé par les Maîtres et aurait tenté de tuer le roi. On raconte même qu’il serrait toujours controlé par les ennemis.

Jacob Galstaf est le premier commanditaire des héros. C’est un riche marchand d’épices, très proche de la noblesse de Port-Royal. Il a fait passer une annonce discrète à laquelle ils ont répondu.

Jonasz Skulf tient le bar de la célèbre taverne de Port Royal l’Ombre du Roi.

Parapuce est magicien de Mirzidor tout comme Odel. C’est un membre du groupe d’aventurier des « Massacreurs d’araignées ». C’est l’unique personne dans le camp de réfugié à pouvoir identifier des objets magiques.

⚰️ Simon Rothleg est le secrétaire particulier des Galstaf. C’est lui qui a expliqué au héros en quoi consistait leur première mission. Il semble désinvolte, souriant et avenant. Son corps a été retrouvé dans les gravas du manoir de ses anciens employeurs.

Rada est une prêtresse de Solace d’une vingtaine d’années. Elle officie dans le camp de réfugiés situé sous la ville de Port-Royal.

⚰️ Ralugon est un nain à la réputation jovial. Il est le chef des Briseurs de golems. Les héros l’ont croisé au début de leurs aventures alors qu’ils se rendaient à Aragron. Ils ont ensuite retrouvé son corps, à moitié dévoré au pied du pont enjambant la rivière non loin du village de bucheron. Aelyn a récupéré son anneau pour attester l’avoir trouvé. Un tumulus a été érigé en son honneur.

⚰️ Reg est un brigand qui, avec ses acolytes, a organisé une embuscade sur la route menant à Aragron. Malheureusement pour lui, il est tombé sur les aventuriers et a essuyé une sévère et brutale défaite. Tous ses compagnons ont été tués. Quant à lui, il a été forcé d’intégrer le groupe pour aller, à son fort défendant, jusqu’à Port-Royal. Reg est mort, en combattant aux côtés des héros, lors de la première mission confiée par Aéden.

Romwind est une guerrière membre des Briseurs de golems. Les aventuriers l’ont rencontré la première fois au camps de Port-Royal alors qu’ils rapportaient l’anneau de Ralugon.

⚰️ Les héros ont rencontré Saler Falon alors qu’il gardait la palissade à Aragron. C’est un ancien chevalier rouge. Il a perdu son bras au court d’une aventure et a été soigné dans le village où il habite aujourd’hui. Son corps a été découvert dans la salle principale de l’auberge d’Aragon.

Sarah est une prêtresse de Solace. Elle dirige le culte dans le camps de réfugiés situé sous la ville de Port-Royal. C’est elle qui a permis à la résistance de libérer les aventuriers du joug des Maîtres.

Tam est une petite fille retrouvée près d’une maisonnette à moitié détruite par les flammes, située à une journée de marche d’Aragron. Elle était prostrée derrière un muret, complètement paniqué. Les héros l’ont recueillie et persuadée de les accompagner jusqu’au village de bucheron. Alors que tout le monde la croyais morte, elle surgit de nul part dans le camps de réfugiés sous Port-Royal.

⚰️ Trabian Galstaf est le fils de Jacob Galstaf. Il était membre des Cavaliers Écarlates. Les héros l’ont retrouvé mort dans d’anciennes ruines Sa-Karan. Il a vraisemblablement perdu la vie en combattant des espèces de tripodes arachnéens. Aelyn a récupéré sa chevalière portant les emblèmes de sa famille.

Trévor Galstaf est le frère de Jacob. C’est un chevalier rouge travaillant au côté de Sarah dans le camp de réfugié de Port-Royal. Les aventuriers lui ont remis la chevalière de son neveu Trabian. Il a offert une épée longue enflammée à Hamilton.

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